Philippe BURNEL

Philippe BURNEL propose une analyse comparative des systèmes de santé européens à partir des données de l'OCDE. Son objectif est de dépasser les perceptions pour examiner les performances réelles des différents modèles de santé en matière de dépenses, de ressources, de résultats et d'accès aux soins.

1. La France consacre beaucoup de ressources à la santé, mais moins qu'il n'y paraît

La France figure parmi les pays qui consacrent la plus grande part de leur PIB à la santé (environ 11,5 %).

Cependant, Philippe BURNEL souligne un paradoxe important :

la France fait un effort financier très élevé relativement à sa richesse nationale mais son PIB par habitant ayant diminué relativement à d'autres pays européens, les ressources disponibles en valeur absolue sont moins importantes qu'on pourrait le croire. Autrement dit : la France dépense beaucoup en pourcentage de sa richesse, mais cette richesse est moins élevée que celle de certains voisins. Cela explique selon lui le sentiment fréquent de sous-financement ressenti par les professionnels malgré des dépenses de santé élevées.

2. Un système très solidaire

La France reste l'un des pays où la dépense de santé est la plus socialisée :

  • environ 84 % des dépenses sont financées par les régimes obligatoires ;
  • Le reste à charge des patients est parmi les plus faibles d'Europe.
  • Cet aspect constitue l'une des grandes spécificités du modèle français.

3. Une organisation originale : moins de soignants, plus d'hôpitaux

Comparée à ses voisins européens,

  • La France présente : moins de médecins. La densité médicale est inférieure à celle de nombreux pays européens.
  • La situation des effectifs infirmiers intermédiaires est meilleure que pour les médecins mais reste en retrait par rapport à plusieurs pays d'Europe du Nord.
  • À l'inverse, la France possède un nombre de lits hospitaliers relativement élevé.

Pour Philippe BURNEL, cela traduit un modèle historiquement centré sur l'hôpital, alors que plusieurs pays performants ont misé davantage sur :

  • les soins ambulatoires ;
  • les soins primaires ;
  • le maintien à domicile.

4. Des résultats sanitaires globalement très bons

Malgré ses difficultés, la France obtient de bons résultats.

  • Espérance de vie : la France fait partie des meilleurs pays européens en matière d'espérance de vie.
  • Espérance de vie à 65 ans : les résultats sont encore meilleurs. Seuls quelques pays, notamment l'Espagne, font légèrement mieux.
  • Mortalité évitable : la France se situe parmi les meilleurs pays européens, même si la Suède et l'Italie obtiennent des résultats supérieurs.

Le constat général est donc clair :le système français continue à produire de bons résultats sanitaires.

5. Une faiblesse majeure : les inégalités sociales de santé

L'un des points les plus marquants de son analyse concerne le ressenti des personnes âgées.

La France présente :

  • une proportion relativement élevée de personnes de plus de 65 ans déclarant être en mauvaise santé ;
  • surtout les écarts les plus importants entre les retraités aisés et les retraités modestes.

Pour Philippe BURNEL, cela révèle un niveau d'inégalités sociales de santé plus important que dans plusieurs pays européens.

6. La qualité des soins reste élevée

Les indicateurs de qualité hospitalière (infarctus, AVC) placent la France dans le groupe des pays performants.

De même, les indicateurs de qualité des soins primaires montrent :

  • peu d'hospitalisations évitables ;
  • une prise en charge globalement efficace des maladies chroniques.

Son diagnostic rejoint ainsi celui d'Alain Milon : le système tient encore et conserve un bon niveau de qualité.

7. Le vrai point faible : l'accessibilité

Là où la France apparaît moins performante est dans l'accès aux soins :

  • délais d'obtention d'un rendez-vous ;
  • délais pour certains examens comme l'IRM ;
  • tensions sur l'accès aux médecins généralistes.

Philippe BURNEL identifie cette question comme l'une des préoccupations majeures des citoyens.

8. Les enseignements européens

Son regard comparatif fait émerger deux groupes de pays particulièrement intéressants :

  • Les pays nordiques (Danemark, Suède) investissent  beaucoup dans la santé et obtiennent d'excellents résultats.
  • Les pays du Sud (Espagne, Italie) dépensent moins que la France mais obtiennent néanmoins des résultats remarquables.

Pour lui, ces deux modèles méritent une attention particulière.

9. Un point essentiel pour le débat sur la décentralisation

Philippe BURNEL souligne discrètement mais clairement un élément central du colloque : tous les pays européens qui affichent de bonnes performances sont des systèmes de santé fortement ou partiellement décentralisés.

Même si leurs modalités diffèrent, Espagne, Italie, Danemark, Suède ou Allemagne accordent tous une place importante aux niveaux régionaux ou locaux dans l'organisation des soins.

La France dispose encore d'un système de santé performant et solidaire, mais elle consacre un effort financier très important pour obtenir des résultats qui ne sont pas systématiquement supérieurs à ceux de plusieurs pays européens plus décentralisés. Son principal défi n'est plus la qualité des soins, mais l'accès aux soins, les inégalités sociales de santé et l'efficacité de l'organisation du système.

Positionnement par rapport aux autres intervenants

Philippe BURNEL apporte la caution comparative du colloque : les données internationales montrent que la France reste performante, mais que plusieurs pays européens, souvent plus décentralisés, obtiennent des résultats équivalents ou supérieurs avec des organisations parfois plus efficaces et davantage orientées vers les soins de proximité que vers l'hôpital.