Alain Milon - Président de JENNER

En ouverture du deuxième colloque du think tank Jenner, Alain Milon inscrit son propos sous le signe de l'audace, en référence à Edward Jenner, pionnier de la vaccination. Selon lui, c'est précisément cette audace qui fait aujourd'hui défaut à la France pour répondre à ses difficultés économiques, financières et sociales.

Il dresse un constat préoccupant de la situation nationale : déficit public élevé, dette croissante et affaiblissement relatif de la richesse par habitant. À ses yeux, les responsables politiques font preuve de trop peu de courage pour engager les réformes nécessaires. Cette critique vaut particulièrement pour le système de santé et de protection sociale.

Concernant la santé, Alain Milon reconnaît un paradoxe : malgré des difficultés croissantes d'accès aux soins, le système continue globalement à fonctionner et la qualité des soins demeure élevée. Cependant, cette situation ne lui paraît pas durable. Les déficits chroniques de la Sécurité sociale et de l'Assurance maladie menacent à terme la pérennité du modèle français et l'égalité d'accès aux soins.

Selon lui, cette dégradation n'est ni une fatalité ni un accident, mais résulte d'une absence de décisions structurelles. 3 options :

  1. Augmenter les recettes
  • Hausse des prélèvements sociaux.
  • Généralisation de la CSG à l'ensemble des revenus.
  • Solution jugée peu populaire mais probablement nécessaire à court terme.
  1. Poursuivre la "politique du rabot"
  • Réductions budgétaires uniformes sans réforme de fond.
  • Option la plus facile politiquement.
  • Stratégie qu'il critique fortement, estimant qu'elle affaiblit progressivement le système sans régler les problèmes structurels.
  1. Décentraliser la gouvernance de la santé
  • Solution privilégiée par Jenner.
  • Confier aux élus régionaux, en lien avec les départements, la responsabilité du pilotage de l'offre de soins publique, privée et libérale.
  • Maintien d'un cadre financier national voté par le Parlement.
  • Association du pouvoir de décision à une responsabilité financière réelle.

Pour Alain Milon, la France souffre d'une culture excessivement centralisatrice. Il estime qu'il faut remplacer une logique de déconcentration administrative par une véritable décentralisation du pilotage de la santé, fondée sur la confiance accordée aux territoires et sur la responsabilisation des élus locaux.

Les propositions du think tank Jenner s'appuient notamment sur l'expérience d'autres pays européens, en particulier l'Allemagne, le Danemark et l'Espagne, qui ont choisi des modèles plus décentralisés.

L'équilibre financier du système de santé est une condition indispensable à sa survie.

Positionnement par rapport aux autres intervenants

Alors que Gérard Larcher appelle à trouver un équilibre entre solidarité nationale et territorialisation, Alain Milon va plus loin en plaidant explicitement pour un transfert de responsabilités sanitaires et financières vers les régions, qu'il considère comme la principale voie de réforme du système de santé et une rupture avec le centralisme français traditionnel.